Gala de Solidarité du Kivu : à Bukavu, Osee Elektra donne une voix à l’espoir

Le 31 octobre 2026, à la salle Stella Duce du Collège Alfajiri, à Bukavu, la première édition du Gala de Solidarité du Kivu a réuni artistes, acteurs culturels et public autour d’une cause qui dépasse le cadre d’une rencontre artistique : venir en aide aux populations vulnérables du Kivu. Portée par Phénix RDC, cette initiative entendait mobiliser la culture au service de l’action humanitaire, dans une région où les conséquences des conflits armés continuent de peser sur le quotidien de milliers de familles.
L’objectif était clairement posé : soutenir les orphelins et les enfants défavorisés, accompagner les personnes affectées par les conflits, contribuer à la prise en charge des malades indigents et apporter un soutien aux personnes vulnérables atteintes du cancer du sein, comme l’annonçaient les organisateurs depuis plusieurs semaines.
Sur scène, plusieurs artistes invités se sont relayés pour accompagner cette mobilisation. Bargoss, Papy Kerro, Roi Bayol, Joe Like, Rajul Malik, Capita Amon et Queira ont notamment participé à cette première édition. Leurs prestations ont donné à la soirée sa dimension musicale et festive, avec des propositions qui ont permis de maintenir le lien entre la scène et le public. Mais deux interventions ont particulièrement retenu l’attention, par la portée de leur choix artistique et la démarche sociale de l’événement.

Osee Elektra, une parole qui épouse la cause
La prestation d’Osee Elektra avait une résonance particulière dans le contexte de cette rencontre. Originaire de Goma, le rappeur et slameur développe depuis plusieurs années une démarche artistique où la musique côtoie la poésie, la conscience sociale et l’engagement. Son univers, qu’il associe au concept de « Slam Elektrik », fait de la parole un moyen d’interroger les réalités collectives plutôt qu’un simple exercice de performance. Cette orientation se retrouve dans ses textes, souvent traversés par des préoccupations liées à la dignité humaine, aux droits humains, à la résilience et aux rapports sociaux. Son parcours artistique est également marqué par son implication dans la scène slam et les initiatives culturelles de Goma.
À Bukavu, cette identité a trouvé un prolongement naturel dans son interprétation de « Calculer ». Le morceau porte une réflexion sur les épreuves, la persévérance et la possibilité de jours meilleurs. Mais c’est surtout la manière dont l’artiste a associé le public à son interprétation qui a donné à cette séquence sa force.
Osee Elektra a demandé à toute la salle de se mettre debout avant de l’inviter à reprendre avec lui un vers de la chanson : « Masiku za bien ziko mbele na mateso Aiko ya milele. ».Une phrase que l’on peut traduire ainsi : « Les beaux jours sont devant nous, les souffrances ne sont pas éternelles. »
Le public s’est alors retrouvé à prononcer les mêmes mots, dans un mouvement collectif qui dépassait la simple reprise d’un refrain. Dans une salle réunie pour une cause humanitaire, cette parole prenait une signification particulière. Elle s’adressait aux familles éprouvées par les violences, aux personnes déplacées, aux enfants privés de repères et à toutes celles et ceux qui tentent de reconstruire leur vie malgré les difficultés.

Ce moment résume assez bien ce que représente la démarche d’Osee Elektra. Il ne cherche pas à séparer son expression artistique des réalités qui l’entourent. Il les introduit dans ses textes, les porte sur scène et invite son auditoire à s’en saisir. Avec ce morceau, Il a rappelé que la souffrance existe, mais qu’elle ne doit pas définir à elle seule l’avenir d’un peuple.
Dety Darba, un choix musical qui dépasse les frontières
Dety Darba a également marqué cette édition avec une reprise de « Heal the World » de Michael Jackson. Le choix de cette chanson, sortie en 1991, correspondait pleinement à l’esprit de la rencontre. À travers cette œuvre, Michael Jackson avait lancé un appel à davantage d’humanité, à la protection des enfants et à la construction d’un monde où la violence et l’indifférence ne dictent pas les relations entre les êtres humains.
Son interprétation par Dety Darba a ainsi apporté une autre tonalité à la soirée. Là où Osee Elektra s’est appuyé sur une composition personnelle, ancrée dans les réalités et les aspirations de son environnement, Dety Darba a convoqué un classique de la musique internationale dont le message reste intimement lié aux questions de paix et de solidarité.

Après la scène, la question des actes
La première édition du Gala de Solidarité du Kivu a permis de réunir plusieurs sensibilités autour d’une cause commune. Mais l’intérêt d’une telle initiative se mesurera surtout à ce qui suivra cette soirée.
Les objectifs humanitaires annoncés par les organisateurs appellent un suivi précis. Combien de ressources ont été mobilisées ? Quels bénéficiaires seront accompagnés ? Quelles prises en charge pourront être financées ? La publication d’un bilan détaillé permettra de répondre à ces questions et de mesurer la portée réelle de cette première mobilisation.
C’est aussi ce qui donnera du poids aux prochaines éditions. La solidarité ne peut pas rester au stade de l’intention ; elle doit se traduire par des interventions concrètes auprès des personnes auxquelles elle est destinée. Pour le Gala de Solidarité du Kivu, le défi est désormais de donner une suite concrète à cette mobilisation.
Les beaux jours sont devant nous, disait la chanson de Osée Elektra. Encore faut-il travailler collectivement pour qu’ils deviennent une réalité.
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