Chronique : dans « Nzembo », Osée Elektra est le cœur à nu

L’artiste rappeur, slameur et performeur lance son mois de mai avec « Nzembo ». Osée Elektra, dans ce morceau, délaisse temporairement l’armure du « Soldat » pour nous offrir une œuvre introspective, une mise à nu qui peut redéfinir les contours de la chanson d’amour dans le paysage urbain actuel.
Connu pour son écriture poétique soignée, « Slam Electrik », le surnom de l’artiste, n’a pas dérogé à la règle dans « Nzembo ». Dès les premières mesures, le décor est planté. Il nous confie avoir écrit ce texte dans les larmes. « J’ai mon cœur dans un verre, j’apprends à être transparent ». Ici, Osée Elektra expose une face sociale des hommes stéréotypées dans la communauté. Il combat contre la pudeur masculine et les non-dits qui empoisonnent souvent les relations.

L’artiste explore la dualité entre l’homme public, le slameur qui soulève les foules, et l’homme privé qui se sent seul une fois les projecteurs éteints. Une vérité qui peut sembler universelle pour tous les artistes. Ce passage où il évoque le silence qui suit les applaudissements ( « Ta présence me manque quand je descends d’une scène et que je n’entends plus tes claques » ) est d’une justesse désarmante. C’est le cri d’un artiste qui réalise que la gloire est un masque et que seul l’amour véritable constitue un ancrage réel.
Né et ayant grandi à Goma, dans l’Est du Congo, l’interprète de « soldat » a marqué cette chanson avec un refrain en lingala : « Nakangi monoko mais motema elobie, elembi nango kobomba ba sekelé » (J’ai fermé la bouche, mais le cœur a parlé, il est fatigué de garder les secrets). Cette transition linguistique n’est pas juste un choix esthétique. Pour l’artiste, et surtout pour le paysage culturel qui place le lingala au piédestal de meilleures langue pour chanter l’amour, elle symbolise le basculement du cerveau (la réflexion en français) vers le cœur (le ressenti profond exprimé en langue nationale ). « Nzembo » devient alors l’exutoire nécessaire, le fruit d’un trop-plein d’émotions que les yeux ne peuvent plus contenir (« Pinzoli etangi »).
La production, signée Skyworker, porte la voix d’Osée avec une douceur qui n’enlève rien à la puissance du message. Dans le deuxième couplet, Elektra pousse la réflexion plus loin sur la liberté par le vide : « On m’a dit qu’on devient libre que quand on apprend à être vide ». L’artiste ne montre pas juste son côté romantique l’œuvre mai il explore et poursuit sa quête d’authenticité, que l’on reconnaît de lui dans son EP « Cocktail », sorti il y a deux ans. L’artiste demande à être aimé dans sa faillibilité, loin des artifices de la scène. La conclusion du morceau, reprenant l’idée que « qui aime bien vit doublement », transforme cette chronique amoureuse en une véritable philosophie de vie.
« Nzembo », qui est la deuxième sortie de l’année pour l’artiste après « Calculer », est une œuvre de maturité. Osée Elektra démontre qu’il est un interprète capable de capturer l’universel dans son univers « elektrik » particulier.
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