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Théâtre : « L’Enclos » brise le silence autour du veuvage au Congo

Théâtre : « L’Enclos » brise le silence autour du veuvage au Congo

Que signifie réellement devenir veuve dans nos sociétés ? Pourquoi la mort d’un homme transforme-t-elle si radicalement la vie d’une femme ? Entre hommage, protection et contrainte, les rites de veuvage soulèvent des questions cruciales sur la justice et la condition féminine aujourd’hui au Congo. C’est pour explorer cette réalité douloureuse et invisible que le projet théâtral « L’ENCLOS », mené par les Attaquants Théâtre, est né, initiant une première phase essentielle de recherche et d’immersion.

Pendant dix jours, une immersion profonde a été menée sur l’île d’Idjwi, dans le Sud Kivu, pour aller à la rencontre des femmes veuves. Loin d’une simple étude théorique, ce séjour a été un voyage bouleversant pour les artistes. Ils ont été au cœur des drames intérieurs, de la solitude, du découragement spirituel, mais surtout de la résilience et de la force intérieure de ces femmes face aux défis quotidiens qui suivent la perte d’un conjoint.

« L’Enclos », une œuvre puissante de l’auteur togolais Kokouvi Dzifa Galley.

« Cette étape de terrain était essentielle : questionner, apprendre et recueillir la mémoire vivante pour nourrir notre création artistique. », a partagé Williams Sham Weteshe, metteur en scène sur le projet.

En partageant ces trajectoires de vie, l’équipe du projet s’est donné pour mission de briser le silence oppressant qui entoure le veuvage. Ce matériau humain et sensible vient directement nourrir l’adaptation de la pièce « L’Enclos », une œuvre puissante de l’auteur togolais Kokouvi Dzifa Galley.

Le fruit de cette recherche a trouvé un premier écho vibrant lors de la Journée Mondiale du Théâtre. Le public du Foyer Culturel de Goma a pu découvrir une restitution mémorable sous forme de Spectacle Lecture Physique.

L’extrait partagé sur scène résonne comme un cri de résistance face à l’isolement : « Dans ma tête, je vais au théâtre. Je voyage à travers l’imaginaire de mes auteurs préférés et des comédiens que j’adore. Écouter de la Grande Musique, je sors faire la fête (…) Vous qui m’attendez, assis autour de cette case ! », résonne la pièce.

« Détrompez-vous ! Oui, c’est bien à vous que je m’adresse. Vous êtes sur vos longues chaises…Vous me mettez en quarantaine… histoire de m’avoir à l’usure… »

Portée par une synergie artistique intense, cette étape avait posé les bases d’une création qui s’annonce majeure pour la scène régionale.

Après la première étape au Foyer Culturel de Goma, une restitution a été aussi organisée à l’Institut Français de Kinshasa le 24 et le 25 avril dernier. L’ossature artistique de ce projet réunit des talents confirmés et une vision esthétique rigoureuse : le texte est de Kakouvi Dzifa Galley (Kokouvi Dzifa Galley) tandis que la mise en lecture et la mise en scène sont assurées par William Sham Weteshe. Le compagnonnage artistique est de Fargas Assandé pendant aye la performance (Lecture physique) connaît la participation de Cynthia Marifa, Bonny Nzanzu et de Capilet Sylva D’or Kasereka. Sur la création musicale, c’est Libère Kitulo et le chœur est géré par Divine Nlandu et Précilia Lumengo. Rosine Nkem Dada est à la partie de création lumière et scénographie.

Dans le contexte congolais, et plus particulièrement dans la région du Kivu, une telle initiative artistique touche à un tabou social et à un enjeu de justice humaine majeur. En RDC, les rites de veuvage imposent trop souvent aux femmes des dynamiques de marginalisation, d’isolement, voire de spoliation économique, exacerbées par le poids de certaines coutumes locales.

Le projet « L’Enclos » offre une tribune artistique indispensable à celles que la société condamne parfois au silence. Utiliser le théâtre comme miroir de ces violences symboliques et physiques permet d’éveiller les consciences collectives, de questionner la légitimité actuelle de ces pratiques traditionnelles et de redonner un pouvoir d’expression et une dignité aux veuves congolaises. C’est la preuve par l’art que la scène peut devenir le point de départ d’une profonde transformation sociale et thérapeutique pour la communauté.

A propos de l'auteur

Par: David KASI

David KASI est consultant en Communication et Journaliste indépendant, spécialisé en culture, arts, sport et société. Il travaille aussi dans la presse écrite et collabore avec des médias internationaux en tant que free-lance. Également, il est photo-journaliste.
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