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Réforme du travail domestique en RDC : vers la fin de l’invisibilité et l’urgence d’un cadre légal protecteur

Réforme du travail domestique en RDC : vers la fin de l’invisibilité et l’urgence d’un cadre légal protecteur

Du 26 au 27 mars, à Beni, s’est tenu le 3ème Congrès national des travailleurs domestiques. Sous le thème « Pour une législation protectrice des travailleuses et travailleurs domestiques en RDC », ce rassemblement a marqué un tournant dans la lutte pour la dignité de milliers de citoyens congolais évoluant dans l’ombre des ménages.

En ligne comme en présentiel, plusieurs villes de la RDC étaient représentées à ce congrès, notamment Lubumbashi, Goma, Butembo ou encore Bunia. Longtemps relégués au second plan de la législation nationale, les travailleurs domestiques du Congo ont profité de cet espace pour entendre leur voix devant les autorités étatiques représentées, dont entre autres, le président de l’assemblée provinciale, le vice gouverneur, le maire de la ville ou encore de chefs de division. L’objectif était clair : obtenir une révision de l’arrêté ministériel du 16 août 1961, jugé obsolète, afin de garantir un accès équitable à la sécurité sociale et d’aligner le droit congolais sur les standards internationaux, notamment les conventions 189 et 190 de l’OIT.

Sortir de l’informel : Un travailleur comme les autres

L’un des moments forts de ce congrès a été l’intervention de M. Delphin Kambale Musavuli, Chef de Division intérimaire de l’Emploi et du Travail pour la province du Nord-Kivu. Ce dernier a tenu à briser les préjugés entourant cette profession devant plus de 250 participants à ces assises, qui se sont organisées en partenariat avec AGIR RDC. 

« Le travailleur domestique est comme tout autre travailleur. Dans une organisation, on peut parler d’un magasinier ou d’un chauffeur ; il en va de même pour le domestique. Ce sont des catégories professionnelles, mais tous sont des travailleurs protégés par le Code du travail », a-t-il affirmé avec force.

M. Musavuli a salué l’initiative des organisateurs (SYAFEDOC), rappelant que cette mission de sensibilisation incombe normalement à l’État. Son souhait est désormais de voir ces enseignements ruisseler sur le terrain pour que la « loi mère » soit enfin respectée dans chaque foyer.

Des réalités vécues à l’exigence de réformes

Au-delà des discours officiels, le congrès a été un espace de libération de la parole. Furaha Rose, l’une des participantes, témoigne de l’impact de ces échanges sur son quotidien : « Grâce aux échanges, je connais désormais mes droits et devoirs. Je sais aussi où aller me plaindre quand mes droits sont bafoués. Ma plus grande recommandation est de mettre en place un contrat formel pour les femmes de ménage. »

L’absence de contrat écrit reste, en effet, le principal frein à l’émancipation de ces travailleurs, les exposant à l’arbitraire, aux licenciements abusifs et aux violences, thématiques centrales de la Convention 190 de l’OIT.

Un mémorandum pour l’avenir

Le congrès ne s’est pas limité aux constats. Les résultats attendus etaient concrets : validation d’un mémorandum de plaidoyer transmis aux autorités compétentes. Feuille de route nationale pour le suivi des réformes législatives et une analyse documentée des conditions de travail, particulièrement dans les zones de crise et de déplacement.

En clôturant les assises, le mouvement des travailleurs domestiques en RDC a prouvé qu’il était désormais une force organisée et incontournable. Le message envoyé au gouvernement est limpide : la dignité humaine ne s’arrête pas au seuil de la porte des employeurs privés. Le combat pour la sécurité sociale et le respect des normes internationales est désormais lancé.

A propos de l'auteur

Par: David KASI

David KASI est consultant en Communication et Journaliste indépendant, spécialisé en culture, arts, sport et société. Il travaille aussi dans la presse écrite et collabore avec des médias internationaux en tant que free-lance. Également, il est photo-journaliste.
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