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Bazir Say dans « Muda » : L’art de dompter le temps et d’orner ses cicatrices

Bazir Say dans « Muda » : L’art de dompter le temps et d’orner ses cicatrices

Depuis Bukavu, le rappeur congolais a livré à ses mélomanes « Muda », un titre introspectif et sobre. Entre pudeur des sentiments, urgence de vivre et résilience, la chanson est une chronique poignante sur la patience et la quête de soi.

Après les sonorités ciselées de son parcours (notamment avec l’album Cœur Bavard), Bazir Say revient ici avec un titre minimaliste mais saisissant. Dans l’opus « Cœur Bavard », sorti en 2022 et produit par le label Explore Mboka (anciennement Bukavu Explorer), le rappeur, à travers 12 titres, a exprimé la volonté de libérer la parole et d’extérioriser des émotions profondément enfouies.

L’album était comme un exutoire où la poésie et la musique urbaine étaient devenus les porte-voix des réalités de sa région et de sa génération. Plutôt que d’adopter les codes d’un rap ostentatoire, l’artiste a privilégié la transmission de pensées constructives et la sensibilisation aux faits de société. L’album oscille entre sonorités rap, slam et touches mélodiques. Il offre un équilibre entre prise de conscience sociale et introspection.

 

Avec « Muda », mot kiswahili signifiant « le temps », Bazir Say a fait le choix de rester authentique. Avec son nouveau morceau, l’artiste originaire de Bukavu dépose les armes et invite l’auditeur dans un espace de réflexion intime.

Dès les premières mesures, la couleur est annoncée sans détour. La voix est posée, presque murmurée à l’âme : « Et quand je crie ma peine, oui c’est mon cœur que je vide ».

« Munipe muda » : La patience comme acte de résistance

Face aux mirages du succès facile ou aux déceptions de la vie, l’artiste choisit de ralentir le pas pour mieux consolider sa marche dans son nouveau titre.

Dans le refrain, balancé entre le français et le swahili, le message devient un mantra de résilience : « Nipe muda… Je ne suis pas pressé » (Donnez-moi du temps…). Bazir Say y exprime la dignité de celui qui connaît la valeur de son travail. Le temps n’est plus perçu comme un ennemi qui s’échappe, mais comme un allié nécessaire à la maturation.

Pour toute une génération du Kivu confrontée aux incertitudes du quotidien, cette posture ressemble à une forme d’insoumission pacifique : prendre le temps de construire, malgré le bruit et la fureur.

Transformer la blessure en armure

Dans « Muda », qui est disponible sur toutes les plateformes d’écoute en ligne, l’artiste y traite de l’isolement stratégique, de la protection de son cercle intime et de la cicatrisation des épreuves.

« Dis-toi qu’avec le temps, la plaie devient des cicatrices. ». Chez Bazir Say, la douleur n’est pas idéalisée ; elle est métabolisée. Les épreuves ne sont pas des freins, mais la matière première d’une identité renforcée. « Et si la vie nous ferme la porte, eh bien on forcera la serrure. » L’humilité du propos ne masque en rien la ténacité. Face aux portes fermées et aux trahisons du milieu, la réponse demeure le travail et l’obstination.

Le single lead de son prochain EP

Par sa sobriété et la sincérité de son interprétation, « Muda » confirme la place singulière que compte occuper Bazir Say sur l’échiquier de la musique urbaine congolaise. Loin de la surenchère, l’artiste de Bukavu signe une œuvre mature, morale et artistique qui peut être le single lead de son prochain EP « Bracoeur ».

En faisant du temps le personnage principal de sa chanson, Bazir Say prouve que les victoires les plus éclatantes sont souvent celles qui se préparent dans l’ombre, avec patience, foi et authenticité.

A propos de l'auteur

Par: David KASI

David KASI est consultant en Communication et Journaliste indépendant, spécialisé en culture, arts, sport et société. Il travaille aussi dans la presse écrite et collabore avec des médias internationaux en tant que free-lance. Également, il est photo-journaliste.
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