Avec « Fusion Créative », Goma a été la capitale de la résilience artistique et numérique

Du 29 septembre au 22 novembre 2025, la ville de Goma, éprouvée par une crise sécuritaire et humanitaire, a été le théâtre d’une initiative culturelle majeure : le projet Fusion Créative. Mené par un consortium de huit organisations culturelles locales, ce programme de deux mois a transcendé le simple soutien pour devenir une réponse structurée et professionnelle à la précarité intense vécue par les acteurs culturels en zone de conflit.
Plus de 10 mois que la ville touristique du Congo est presqu’en arrêt culturel et artistique. Les structures de la place ont décidé de s’unir dans l’ambition de positionner l’art et la culture comme des « piliers de la paix et de la prospérité futures, » en investissant directement dans les capacités humaines face à l’adversité. Fusion Créative a été conçu comme un catalyseur triple, ciblant les gestionnaires, les diffuseurs, et les créateurs.

Tous les secteurs culturels ont été pensés
Les deux premières semaines du projet ont été dédiées à l’organisation d’un atelier administratif intensif de 8 jours. Celui-ci visait à outiller 15 représentants d’organisations culturelles en matière d’ingénierie des projets, de montage de dossiers artistiques et de management culturel. « L’objectif est d’arriver à avoir une communauté d’opérateurs culturels praticiens ayant une même compréhension de la conception et de la gestion des projets culturels pour le développement du secteur créatif de notre région », a déclaré Didy Ramazani, l’un des facilitateurs de l’atelier sur la gestion efficace des projets culturels.
Face à la nécessité de s’aligner sur les exigences des industries culturelles et créatives (ICC), cette formation a été cruciale pour professionnaliser le secteur et permettre aux structures de Goma d’affronter les défis administratifs de la diffusion et de la réalisation de projets. « Il était important d’unir les acteurs culturels de Goma et de les outiller de manière à ce qu’ils conçoivent des projets qui répondent directement aux besoins de notre communauté », a souligné Claude Nyembo, l’autre facilitateur. « Pour ces quelques jours de formation, j’ai appris qu’il faut apprendre à faire confiance aux autres parce que même le partenaire, c’est quand vous venez en synergie, qu’il pense que vous êtes crédibles », a témoigné Joviane Tchanda de Hortensia Organisation, qui était parmi les participants aux échanges. « C’est excellent de voir les opérateurs culturels qui se réunissent pour discuter sur les solutions pour pourvoir pallier aux différents défis auxquels nous faisons face », a-t-elle ajouté.

Reconnaissant l’impossibilité d’organiser des événements locaux en toute sécurité, le consortium a mis en place une stratégie de contournement audacieuse : la migration vers l’espace numérique international. Pendant 8 jours, quinze journalistes, blogueurs, vlogueurs et créateurs de contenus culturels ont été sensibilisés et formés aux enjeux cruciaux de la découvrabilité numérique. Ce concept, encore peu maîtrisé localement, est essentiel pour assurer la visibilité des productions artistiques de Goma sur les marchés et plateformes en ligne, garantissant ainsi une survie économique et une portée au-delà de la zone sous occupation. « C’était très important de discuter avec les journalistes et créateurs de contenus sur la culture et les arts dans le but qu’ils mettent de l’éthique et de la responsabilité dans leur travail », a résumé Augustin Mosange, directeur du Foyer Culturel de Goma et qui a animé l’un des ateliers avec les journalistes et créateurs de contenus sur le projet. « C’est très utile parce qu’on veut construire une industrie culturelle dans notre région. Et les journalistes et créateurs de contenus sont au centre de la communication culturelle. Ils doivent avoir suffisamment d’armes pour la réussite de l’industrialisation de notre culture ».

« Ce projet m’a donné une nouvelle énergie… »
Le cœur battant de Fusion Créative résidait dans ses résidences de création. Soixante artistes — dix dans chacune des six disciplines ciblées (théâtre, danse, slam, humour, peinture, musique) — ont bénéficié de trois semaines d’encadrement par des professionnels (chorégraphes, metteurs en scène, régisseurs). Ces résidences n’étaient pas destinées à la création libre, mais à l’élaboration d’œuvres abordant spécifiquement les thèmes de la paix, de la réconciliation et de la justice sociale.
« C’était bien de se reconnecter après un long moment où chacun était dans son coin », a stipulé Ghislaine Tchipanga, actrice et comédienne qui a été en résidence. « ça faisait 6 mois que je n’avais pas créé. Ce projet m’a donné une nouvelle énergie, un nouvel élan pour travailler qui je suis et faire le métier que je suis appelée ».
Les créations ont été présentées lors d’une sortie de résidence hybride, combinant un événement à Goma avec une diffusion en ligne. Les participants ont également bénéficié d’un accompagnement pour la recherche d’opportunités de diffusion à l’étranger, concrétisant l’objectif de transformer l’adversité en création exportable.

Fusion Créative n’a pas seulement atteint ses objectifs de renforcer les capacités techniques de 15 acteurs culturels, d’initier 15 diffuseurs aux ICC et de soutenir 60 artistes. Le projet a surtout prouvé que, même en pleine crise, la synergie des organisations culturelles locales peut offrir des opportunités de formation et de création adaptées aux besoins immédiats, préservant et promouvant le rôle fondamental des artistes dans la reconstruction sociale et culturelle de l’Est du Congo.
L’initiative, qui a connu la participation des structures comme Foyer Culturel de Goma, JUA Asbl, Les Attaquants Théâtre, l’Union des Écrivains du Congo, Académie Kivu Art AKA, Goma Rire Académie, le collectif des danseurs du Kivu, Musika Na Kipaji, Wito XR Studio et les Érudits Cie, s’est avérée comme un véritable pari sur l’avenir, où la culture est vue non comme une victime, mais comme un moteur de résilience.
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