« Calculer » d’Osée Elektra : le cri de résilience d’un peuple

La chanson « Calculer » d’Osée Elektra c’est un manifeste, un poème vibrant qui donne voix à la résilience et à l’espoir inébranlable d’un peuple confronté à l’adversité. À travers des vers percutants et des métaphores saisissantes, l’artiste dresse un tableau sombre, mais injecté d’une détermination lumineuse.
Dès les premières lignes, Osée Elektra plonge l’auditeur au cœur d’un questionnement existentiel lourd : « Et le peuple se demande / Est-ce qu’il vient d’un paradis / Dirigé par des démons »
Ce paradoxe initial capture la confusion et la souffrance de la RDC, plus particulièrement Goma, riche mais déchirée par le chaos. L’image de Goma comme l’« ex » du diable est particulièrement puissante, ancrant la tragédie dans une géographie spécifique tout en lui donnant une dimension mythologique.
Pourtant, le désespoir est immédiatement contrecarré par la foi et la persistance : « Même dans le comma / C’est l’espoir nous garde vivants ». L’artiste pose l’existence comme un combat continu, faisant des habitants des « Soldats par contrainte » qui se battent pour la « survie », loin de toute motivation pécuniaire.
Le cœur philosophique de la chanson réside dans la transmutation de la douleur en promesse. Chaque élément de souffrance est transformé en un vecteur d’avenir : « Chaque seconde est une prière / Chaque seconde est une autre vie / Oui une autre guerre. Chaque larme est une graine / Chaque larme est un sourire / Planté dans l’avenir. » Cette alchimie poétique donne une dignité immense à la lutte quotidienne, suggérant que la souffrance endurée est un investissement pour le futur.
Le refrain est le véritable coup de poing rythmique du morceau. L’injonction « Calculer, tirer, calculer » et le mot « Masasi » (qui signifie balles/munitions en swahili ) évoquent directement la violence armée. ». Toutefois, dans le contexte lyrique, le « Calculer » peut être interprété bien au-delà de la seule tactique militaire : avant d’agir, il faut évaluer la situation, ne pas se laisser emporter par l’instinct, mais planifier la survie et la reconstruction.
Cela peut aussi aller dans le sens de mesurer la résilience. Le peuple « calcule » sa force, sa capacité à endurer, le prix qu’il est prêt à payer pour sa liberté. Le rythme répétitif et martial rappelle de manière obsédante la réalité des tirs, forçant l’auditeur à ne pas l’oublier.
Le chœur proclame haut et fort : « Rien ne peut nous arrêter / Nous sommes les enfants des étoiles ». Cette image d’une origine céleste confère une essence divine et indestructible à leur combat, les rendant invincibles face aux « bruits des balles ».
La dernière strophe marque un tournant psychologique. Le peuple ne « quémande plus / La pitié ou les insultes » ; il passe de la contemplation de la ruine à l’action. « On connaît déjà la ruine / Le sang, la sueur et le froid / On n’y laissera pas nos plumes / On se battra comme à chaque fois »
L’introduction de la phrase en swahili , « Ma siku za bien ziko mbele / Na mateso haiko ya milele » (Les bons jours sont devant / Et la souffrance n’est pas éternelle), scelle l’engagement du peuple envers un avenir meilleur.
» Calculer « est ainsi un hymne national non officiel de l’espoir congolais, une œuvre d’une intensité rare qui rappelle que même dans le chaos, la force la plus puissante est celle de l’esprit humain qui refuse de s’éteindre.
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