Chronique : « Chofa » d’Osée Elektra et Naskiss Sultan, l’éloge de la résilience face à l’Individualisme moderne

L’artiste Osée Elektra, a invité Naskiss Sultan sur son dernier morceau « Chofa », une musique urbaine alternative ou le slam et le rap s’hybrident pour devenir les miroirs des réalités sociales. Derrière l’énergie apparente de ce morceau, se cache une œuvre analytique et introspective, un véritable traité de résilience face à la solitude de l’effort.

Dès l’introduction, le ton est donné : une atmosphère brute, une rythmique qui s’annonce sans fioritures et un slogan répété comme un mantra protecteur : « Misu Makasi, faut pas paniquer » (Regard ferme, il ne faut pas paniquer). En associant le lingala, le swahili et le français, le duo livre un morceau plurilingue qui transcende les frontières linguistiques pour toucher à l’universalité de la condition humaine.
La solitude comme point de départ
Le premier couplet, porté par l’écriture incisive d’Osée Elektra, pose un constat presque philosophique sur la solitude. Avec des rimes qualifiées à juste titre de « brutales », l’artiste déshabille l’illusion de l’entourage social lors des moments de crise. L’énumération anaphorique du mot « Seul » (« Seul comme quand tu vas mal », « Seul quand la vie t’humilie », « Seul face à tes ennuis ») agit comme une douche froide de réalisme.
Le texte aborde ici une critique fine de la superficialité des relations humaines à l’ère moderne. Le rappeur dénonce ces « faux soutiens » qui n’apparaissent qu’une fois le succès acquis. Le parallélisme avec le concept sartrien est d’ailleurs convoqué plus loin : « Et l’enfer, c’est les autres, mais les autres ne sont que des pauvres gens à qui tu fais porter la faute… ». En détournant ce classique littéraire, Osée Elektra pousse l’auditeur à l’autocritique : cesser de blâmer l’environnement extérieur pour ses propres échecs et assumer la responsabilité de son destin.

La métaphore du « Chofa » et l’éthique du travail
Le cœur du morceau réside dans son refrain et son titre : « Mungu njo chofa » (Dieu est le chauffeur / le conducteur). Dans le jargon urbain de la région, le « chofa » (chauffeur) est celui qui mène à destination, qui maîtrise la trajectoire. En plaçant le divin ou la foi comme l’unique conducteur légitime, les artistes proposent un lâcher-prise spirituel face à l’anxiété de la vie, tout en prônant paradoxalement une discipline de fer au quotidien.
C’est là que réside toute la dualité et la force du morceau : la confiance en une force supérieure n’exclut en rien l’effort individuel. Au contraire, le texte condamne fermement l’oisiveté et la jalousie sociale (« La paresse est un poison […] qui te dit que le bon poisson ne vient que de chez le voisin »). L’utilisation de l’image de la sueur (« Uta kula tuh kwa jasho » – Tu ne mangeras que par ta sueur) rappelle les réalités de la culture du « ghetto » ou de la débrouille, où l’indépendance financière s’arrache brique par brique.
L’impact du « Soldat » et la touche Naskiss
Sur le plan de la construction musicale et de l’interprétation, le contraste entre les deux artistes fonctionne de manière organique. Osée Elektra apporte la rigueur textuelle, la voix scandée et la posture du « Soldat » de l’art, tandis que Naskiss Sultan fluidifie le morceau dans le second couplet avec une vibe plus mélodieuse, typique de sa signature vocale, tout en restant ancré dans le thème du labeur permanent (« Toujours boulot, jamais paresseux »).

La structure s’appuie sur une esthétique minimaliste mais percutante (mise en images à travers un visualizer sobre disponible sur leur chaîne YouTube), permettant de focaliser toute l’attention de l’auditeur sur la substance du message.
Le morceau peut se présenter comme une chronique sociale en musique, une incitation à l’autodétermination (« N’attends pas la couronne, Negro, fabrique-la »). En refusant le misérabilisme et en rejetant la culture de la plainte (« Les efforts soulagent les peines, mais les plaintes les enveniment »), Osée Elektra et Naskiss Sultan signent un hymne à la persévérance.
Une œuvre lucide, mature et résolument tournée vers l’action, indispensable pour comprendre les aspirations d’une jeunesse urbaine africaine en pleine mutation.
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