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Chronique – « Zoshi » : Qui trop embrasse bien étreint, le dilemme prometteur d’une Gloria Bash éparpillée

Chronique – « Zoshi » : Qui trop embrasse bien étreint, le dilemme prometteur d’une Gloria Bash éparpillée

Peut-on en demander mieux que l’EP [ extend player ] « Zoshi » à une jeune artiste qui est contrainte de se lancer à la conquête de deux mondes et deux univers culturels différents ? Dans son nouveau projet, Gloria Bash a honoré le célèbre dicton : « la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a ».

Les mêmes critiques qui ont biberonné l’artiste Gloria Bash et qui en ont couvé les débuts artistiques, ce sont les mêmes, ou du moins de ce type, qui feront qu’elle passe à la dimension où elle est desormais censée s’asseoir : une artiste capable de se faire consommer localement, nationalement, mais surtout internationalement vu ses nouveaux rôles dans Black Star, le label dont l’artiste Gim’s détient de parts.

« Zoshi », un premier test d’adaptation

Neuf titres, en 26 minutes, pour rencontrer un public large : c’est le challenge périlleux sur lequel l’interprète de « Cascadeur » s’est embarqué. L’objectif étant visiblement de rencontrer les attentes de son nouveau label et renouer artistiquement avec son marché naturel (Goma), en même temps. À en entendre les chansons, le projet s’affirme comme une espèce de va-et-vient artistique dans lequel l’on découvre une Gloria Bash débrouillarde, à califourchon entre le devoir d’intégrer le style Gims et d’assumer son identité musicale. Jamais la jeune artiste congolaise ne s’était autant éparpillée !

Une communication pas à la hauteur dès la sortie

Peut-être qu’une autre étape de communication autour du lancement de « Zoshi » est prévue. On l’espère de tout cœur.

Avant sa sortie, l’EP a été soumis à des séances d’écoute des journalistes, chroniqueurs et créateurs de contenus locaux. Une façon non seulement de recueillir leurs avis sur le projet, mais aussi d’en annoncer la sortie au grand public. Une stratégie peu efficace pour un projet qui se veut international. « Ces vidéos de sessions d’écoute devraient être publiées sur les réseaux sociaux après la sortie de l’œuvre et non avant », a souligné un expert en communication en sortie de projets culturels. « Les publier avant n’a pas fait durer l’attente autour du projet surtout qu’il y a eu des invités qui n’ont pas été à la hauteur dans leurs analyses et questions. Si c’était publier après le lancement de l’EP, les contenus auraient pris sûrement un bon engouement ».

Le plus grand fiasco communicationnel, et surtout médiatique, a été consommé lors du lancement proprement-dit de « Zoshi ». « On nous a invité pour écouter, pas pour en parler », nous a renseigné un chroniqueur présent à l’événement. Conséquence : « Zoshi » n’a jamais existé sur le plan national, puisqu’aucun média d’assise nationale n’en a parlé. Et Dieu merci, les rares chroniqueurs de Goma qui en ont parlé, l’ont fait par simple soutien à l’artiste. Si non, rien n’a visiblement été travaillé pour vendre le projet médiatiquement comme étant celui d’une artiste qui se veut desormais internationalement impactant.

Un fond éclectique, éparpillé et universel

C’est au niveau du fond que ça devient encore plus intéressant. Tel que postulé ci-haut, « jamais Gloria Bash ne s’est autant éparpillée ». Etait-elle obligée ? En effet, vu qu’elle n’a plus que Goma, les Kivus ou la RDC comme débouché. Son marché est devenu plus large depuis sa signature chez Black Star, et elle est obligée de s’y conformer.

Rien qu’à entendre le titre « Kasuku », une rumba swahili qu’elle subit littéralement, l’on peut déduire que « Zoshi », au delà d’être un EP multi-styles, est avant tout un projet d’ouverture. Et tout naturellement, dans certaines chansons, on y sent une Gloria Bash pas à son aise. Pas dans son truc, dirait l’autre, en témoigne la chanson rumba, un style que les artistes afro beats s’essaient de plus en plus sans réussite.

Dans l’EP, le deuxième de l’artiste après « Patronna », il y a carrément des chansons destinées au marché international et d’autres censées faire le carton localement. Des titres comme « Fiesta », « Sagacité », « Silence » ou encore « Dispo »transpirent l’école de Gims. La bonne impression est qu’on y sent vraiment une artiste épanouie et à l’aise.

S’il y a bien un titre de l’EP dans lequel la legende du rap français peut s’identifier au mieux, c’est « Sagacité ». C’est carrément une chanson pour le marché international. D’ailleurs, Gloria ne s’en cache pas en visant ouvertement les plus grands consommateurs de la musique de son nouveau patron : Paris, Kinshasa, Côte d’Ivoire, Cameroun, Brazza, Sénégal, Angola…

En revanche, le titre « Silence », qui a des traits solides avec « Amour Amour », le single lancé six mois plutôt, confirme que le profil de Gloria Bash colle parfaitement au zouk-love. Quant à « Dispo », chanson dans laquelle l’artiste justifie son indisponibilité par ses aller-retours entre Goma et Paris, le texte vise plus l’international que le local.

En associant à son projet l’artiste en vogue actuellement à Goma The Mingongo, Gloria Bash a clairement surfé sur la tendance. Si tant est que, à l’ère actuelle, tout ce que touche l’auteur de Sublime se transforme en or. Musicalement, la chanson « Furaha » rappelle un peu le titre « Toza Bien », pas simplement dans sa musicalité, mais aussi dans la thématique : reponse aux détracteurs et l’invitation à célébrer la vie tout en mettant en avant la résilience de la population locale face aux défis de la vie. La complicité que dégage la rencontre de deux voix est naturelle. L’on sent deux voix facilement conjuguables. Cette chanson peut devenir un hit à Goma, si un travail rigoureux suit.

C’est peut-être dans « Kazi Kwisha » où l’on retrouve la vraie Gloria Bash. Celle qui ne rate jamais la tendance dominante. Le titre de la chanson lui-même est un succès. La preuve est que, sur les reseaux, c’est le seul titre qui émerge à l’audio après le feat avec The Mingongo. Une véritable recette pour Goma et pour les Kivus. Curieux de voir ce que ça va donner à la sortie du clip.

L’EP « Zoshi » est un projet courageux, audacieux, mais surtout risqué. Gloria Bash s’y livre comme une polyandre obligée de satisfaire deux hommes, avec le risque que l’un le soit plus que l’autre. Et la question de départ ressurgi : que peut-on demander de plus à une jeune artiste obligée de conquérir deux mondes artistiques différents ?

A propos de l'auteur

Par: Gaéthan Kombi

Journaliste - éditorialiste
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