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Musika Na Kipaji 7 : quand l’art panse les plaies au pied des collines du Masisi

Musika Na Kipaji 7 : quand l’art panse les plaies au pied des collines du Masisi

Pour une deuxième édition de suite, la cité de Shasha, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, a accueilli le festival Musika Na Kipaji, qui célèbre cette année sa septième édition. Ce 27 Mars 2026, les retournés de la dernière guerre qui a fait rage dans cette région, ont vécu l’un des moments les plus mémorables de leur année. Retour sur ce voyage qui relie le cinéma, la danse et la musique.

Le ciel de l’Est de la RDC a ceci de particulier : il porte en lui la lourdeur des orages et la clarté des espoirs têtus. Pour la première journée, c’est l’espoir qui a gagné. À environ 35 kilomètres au sud-ouest de Goma, là où la route nationale n°2 serpente entre les eaux calmes du lac Kivu et les reliefs tourmentés du territoire de Masisi, la cité de Shasha s’est muée en épicentre de la résilience culturelle pour le lancement de la 7ème édition du festival Musika Na Kipaji.

« RIZIKI » : Un miroir sur l’exil intérieur

La journée a débuté dans le silence recueilli d’une salle pour la projection, en avant-première, du documentaire RIZIKI. Signé par le réalisateur Elisha Abumba et écrit par Ghislain Kalwira, le film est une immersion brute dans le quotidien d’une bénéficiaire de l’organisation Agir RDC.

À travers l’objectif, on suit deux années de vie dans l’enfer des camps de déplacés. Riziki y raconte la perte de la dignité, la faim, mais surtout cette force invisible qui permet de rester debout grâce à la musique. Le film n’est pas qu’un récit de souffrance ; c’est un plaidoyer visuel contre l’oubli.

Le relais a ensuite été pris par le grand terrain (de football) de Shasha, transformé pour l’occasion en une arène de sons. Esther Abumba, coordonnatrice du festival, a ouvert les hostilités avec un discours au scalpel. Entre deux ovations, elle a rappelé l’essence de Musika Na Kipaji : élever la femme, protéger ses droits et utiliser l’art comme un bouclier contre la barbarie.

Puis, les acrobates ont fendu l’air, défiant la gravité. La chanteuse Charmeuse a ensuite pris possession du micro. Sa voix puissante a agi comme un signal de ralliement.

L’un des moments les plus poignants fut sans doute l’intervention d’Olga, l’enfant de la cité. La slameuse de Shasha a déclamé des vers incendiaires sur la paix et les violences basées sur le genre. Ses mots font écho à une réalité statistique glaciale : dans le Nord-Kivu, les rapports des agences humanitaires signalent encore des milliers de cas de Violences Basées sur le Genre (VBG) chaque année, un fléau qui touche particulièrement les zones de conflit.

Mais la fête a repris ses droits avec Staner. La rappeuse a littéralement électrisé la foule, prouvant que le hip-hop n’a pas de frontières de genre. Les groupes traditionnels Hunde ont repris les pas ancestraux pour faire vibrer le sol du terrain, suivis de l’élégance guerrière des danseurs Intore.

« C’est ce genre d’événements qui nous rend notre fierté »

La chanteuse Grâce, dans une communion parfaite, a revisité les classiques de la rumba et de la musique congolaise. Elle est parvenue à transformer le terrain en une chorale géante. Safi Sivan, pour le bouquet final, a offert un show interactif. Elle a même invité les festivaliers sur scène pour une célébration de la vie qui s’est prolongée jusque dans le crépuscule de la journée.

Mama Clémentine, 70 ans, a témoigné : « J’ai oublié mes douleurs de vieille femme pendant quelques heures. Voir nos enfants danser et chanter ici, chez nous à Shasha, m’a fait énormément de bien. ». De son côté, Espérance, 16 ans, a trouvé du tonus pour poursuivre sa passion : « En regardant Staner et Sivan sur scène, j’ai compris que moi aussi, je pouvais le faire. Je veux devenir chanteuse. », a-t-elle déclaré avant de continuer, sur le même ton : « Elles m’ont donné le courage que je n’avais pas. »

« On nous oublie souvent dans les cités loin de la ville », a tenu à soigner Bahati, 30 ans, qui a été ébloui par les prestations des artistes. « Je remercie les organisateurs d’avoir amené ce niveau de spectacle jusqu’ici. C’est ce genre d’événements qui nous rend notre fierté. »

Le festival Musika Na Kipaji ne s’arrête pas là. Le convoi de la culture prend désormais la direction de Goma. Le rendez-vous est pris au Foyer Culturel de Goma : pour ce samedi 28 Mars : Nouvelle projection du film RIZIKI, tout juste après le Sanaa Weekend. Les festivités de cette septième édition vont se clôturer le 29 mars sur le même lieu avec un concert qui s’annonce explosif.

A propos de l'auteur

Par: David KASI

David KASI est consultant en Communication et Journaliste indépendant, spécialisé en culture, arts, sport et société. Il travaille aussi dans la presse écrite et collabore avec des médias internationaux en tant que free-lance. Également, il est photo-journaliste.
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