dimanche, mars 22News That Matters

Musika Na Kipaji, édition 7 : pour la femme et pour la résilience

Musika Na Kipaji, édition 7 : pour la femme et pour la résilience

La septième édition de l’unique festival artistique et culturel 100 % féminin en RDC revient cette année comme un acte de résistance. Du 27 au 29 mars 2026, entre Shasha et Goma, elle s’apprête à transformer le traumatisme en triomphe, avec deux armes redoutables : l’art et le leadership féminin.

À Goma, la résilience n’est pas un concept théorique, c’est un mode de vie. Et cela depuis plus de 30 ans pour cause de guerres incessantes qui frappent, non seulement la ville, mais toute la région. Depuis 2019, l’organisation Musika Na Kipaji (MNK/Asbl) porte cette flamme. Cette édition sera conduite sous le thème  « Femmes, point de paix : cultiver le vivre ensemble et la non-violence dans les grands lacs ».

Au vu du contexte actuel, on peut dire que le festival prend une dimension quasi sacrée. Dans une région où les femmes sont souvent les premières victimes des affres de la guerre, elles refusent de rester confinées au statut de « vulnérables ». Les violences sexuelles atteignent un niveau alarmant dans l’est de la RDC, avec près de 900 viols en deux semaines recensés début février 2025, a souligné l’organisation ONU Femmes. En 2024, plus de 130 000 cas ont été signalés, dont plus de 70 % dans les provinces du Nord- et Sud-Kivu. Ces violences, utilisées comme arme de guerre par des groupes armés, visent à briser les communautés locales, stipule le rapport publié en avril 2025.

Cette 7è édition est un manifeste. Celui d’une femme qui ne demande plus sa place à la table des négociations de paix, mais qui la crée sur scène, par le verbe, la danse et le rythme.

De Shasha à Goma : une caravane de guérison

Le voyage débutera à Shasha, dans le territoire de Masisi, là où le besoin de cohésion est le plus criant. Entre 3 000 et 5 000 personnes sont attendues pour une journée culturelle qui s’annonce comme une thérapie collective. Imaginez cette foule, unie non pas par la peur, mais par la célébration d’une identité commune retrouvée.

Mais le festival ne se contente pas de divertir ; il construit. En amont, 60 jeunes leaders ont déjà été formées aux dynamiques artistiques liées à la paix. Ce sont eux, les sentinelles de demain, qui porteront les messages de non-violence bien après que les projecteurs se seront éteints.

Une programmation sous le signe de la force

Le point d’orgue de cette édition sera sans nul doute la projection-débat du film « RIZIKI », le 28 mars. Une œuvre qui explore les méandres du vivre-ensemble et de la résilience, offrant un miroir nécessaire aux réalités locales.

Puis, le 29 mars, le Foyer Culturel de Goma vibrera sous les pas d’une affiche éblouissante. La scène sera investie par des voix puissantes et des corps en mouvement : Les divas de la région : Miss Mell (Lauréate de la dernière édition du Top Five Sauti), Detty Darba, Mme Moury, Safi Sivan, Grace Charmeuse, Staner, Saray, July Mus, Clem Cléopâtre ou encore Esther Chirezi.

Le Folk intercommunautaire du Kivu rappellera les racines, tandis que les Arsenic Girls et les acrobates défieront les lois de la gravité, portés par les notes de VISION BAND MUSIC, qui prestera pour la première fois au festival.

« Ce festival est une plateforme pour dépasser les clivages identitaires et affirmer que les femmes sont les actrices incontournables de la transformation sociale », martèlent les organisateurs.

Portée par une équipe de 60 bénévoles dévoués, l’Asbl MNK prouve qu’avec peu de moyens mais une conviction de fer, on peut redessiner la cartographie de l’espoir. Dans une zone où les mécanismes formels de paix oublient trop souvent la voix des mères et des filles, Musika Na Kipaji offre un mégaphone à celles qui reconstruisent le lien social chaque jour.

A propos de l'auteur

Par: David KASI

David KASI est consultant en Communication et Journaliste indépendant, spécialisé en culture, arts, sport et société. Il travaille aussi dans la presse écrite et collabore avec des médias internationaux en tant que free-lance. Également, il est photo-journaliste.
Merci de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *