Chronique: l’album « Kasuku » de Yeremia Vindu, un miroir tendu à nos racines

Le paysage musical congolais vient de s’enrichir d’une œuvre qui fera date. Yeremia Vindu, l’orfèvre du « Jazz-Rumba », a enfin dévoilé son deuxième opus intitulé « Kasuku ». Cet album de 14 titres dont 5 qui ont été dévoilés en exclusivité, est un manifeste artistique où le jazz vient s’imbriquer dans la chaleur de plusieurs styles musicaux africains.
L’œuvre connaît des influences allant de Tabu Ley à Fela Kuti en passant par Lokua Kanza, Richard Bona, Louis Armstrong ou encore Hugh Masekela. La voix et les messages qui entourent les morceaux de l’album offrent aux mélomanes une immersion profonde dans l’âme africaine contemporaine.

Comme une galerie d’œuvres d’art
« Kasuku », le nom de l’album, renferme plusieurs symboles. Comme celui de la voix, des couleurs multiples, de la mémoire et de la transmission. Originaire de l’Est du Congo, Yeremia Vindu prend cette œuvre comme un canal pour raconter l’histoire de son enfance, façonnée par la famille, la culture, la langue, l’école, la foi, la modernité et tout ce que la génération des années 90 a vécu.
Comme une œuvre d’art, « Kasuku » invite l’auditeur à entrer dans une galerie. De là, chaque morceau est un tableau vivant qui parle d’une couleur, d’une émotion, d’un souvenir ou carrément un message particulier. Sur les 14 titres qui composent l’opus, le chanteur, qui joue aussi à la trompette, a dévoilé 5 morceaux sur sa chaîne YouTube.
Dans « Ewenyu », c’est le devoir de mémoire. C’est l’ouverture sur une déclaration d’identité sans équivoque. À travers ce titre, l’artiste exhorte ses auditeurs à ne pas vendre leur identité. Le message est limpide : la fierté culturelle n’est pas une option, mais un socle. Sur le plan artistique, les rythmes entraînants servent de véhicule à cette leçon de vie. Chantée en kinande, la chanson est une invitation à entrer avec respect dans ce voyage musical.
« Kasuku », le titre éponyme de l’album est un hommage à la persévérance. Vindu y déploie une instrumentation complexe pour traduire la résilience face aux épreuves. On y entend l’écho d’une sagesse ancienne, celle qui permet de rester debout malgré les tempêtes. Aussi interprété en kinande, en coloré, vif, moqueur et musicalement audacieux, le titre est aussi une fresque peureuse des politiciens et les leaders congolais, plus spécialement, qui parlent beaucoup mais ne changent rien.
Pour porter une autre dimension à l’œuvre, Vindu a fait appel à René Byamungu dans « Pesa ». En rumba East Africa, les deux musiciens peignent une réalité sociale forte : les mamans qui vendent pour nourrir leurs enfants, les papas qui labourent la terre sous le soleil et la réalité cruelle que l’argent peut sauver…mais aussi détruire. C’est ici que la signature sonore de l’artiste atteint son apogée. Entre les envolées de saxophone et les cocottes de guitare rumba, Yeremia prouve que la fusion des genres n’est pas qu’une expérience technique, mais un dialogue harmonieux entre modernité et tradition. La présence de René apporte aussi une profondeur vocale et humaine remarquable.

Un avant goût prometteur
« Hangana » est une leçon de vie : arrête de te comparer. C’est une chanson pleine de maturité mais aussi plus intimiste. L’artiste, en kinande, dénote que la comparaison nous égare, nous fatigue, nous vole notre propre chemin. Sous les sonorités salsa, cette chanson est une réflexion sur la fugacité de l’existence mise sur les nuances vocales et les textures sonores pour inciter à une vie vécue pleinement
En afro-fusion et sous le ton anglophone, « Tayiminya » décrit l’un des complexes les plus en vogue dans la génération actuelle. Pour l’artiste, c’est une critique douce mais directe sur ces jeunes qui ne savent plus qui ils sont. C’est une perte d’identité dans la modernité qui prend le dessus. Parler français ou anglais, voyager, collectionner des diplômes mais oublier sa langue maternelle. La chanson est un appel à revenir à soi.
Dans cet album, qui sortira en intégralité sur toutes les plateformes digitales mais déjà en achat libre sur Play MB, Yeremia Vindu conseille, prévient et éduque. On retient particulièrement cette injonction paternelle et maternelle glissée au fil des textes : » Écoute les conseils de ton père… n’attends pas d’être dans les problèmes pour t’en souvenir « .
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