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Portrait : Stadi Le Coq, le conteur culturel à suivre au Kivu

Portrait : Stadi Le Coq, le conteur culturel à suivre au Kivu

Chroniqueur, intervieweur et créateur de contenu, Stadi Bitorwa s’est fait un nom dans le paysage culturel congolais en partant de Goma avec une caméra, des idées et une envie tenace de raconter ce qui l’entoure. Derrière le personnage de « Stadi Le Coq », il y a pourtant un homme discret, parfois traversé par le doute, qui rêve de transformer son identité numérique en une véritable entreprise médiatique.

C’est remarquable quand Stadi Le Coq tombe dans nos fils d’actualité sur tik tok et Facebook : il est assis face à la caméra, dans un moment de prise de parole. Vêtu, le plus souvent, d’une chemise noire, d’une casquette portée à l’envers et de lunettes de soleil, il gesticule avec les mains, donnant à la scène une impression d’échange direct et animé. À l’arrière-plan, un écran affiche des images de flammes.

Sur les réseaux sociaux, il est celui qui parle, questionne, analyse, interpelle. Celui qui s’installe face à un artiste, tend un micro dans la rue ou donne son avis sur une actualité musicale. Son nom, « Stadi Le Coq », devient de plus en plus une signature que l’on retrouve sur plusieurs plateformes et dans différents rendez-vous consacrés à la musique et à la culture au Kivu, plus particulièrement.

Mais lorsque la caméra s’arrête, le personnage laisse place à un homme beaucoup plus calme. « Je réfléchis beaucoup, parfois même trop », s’est t’il décrit. « Je suis quelqu’un qui a énormément de projets en tête et qui cherche constamment à comprendre comment transformer ses idées en quelque chose de concret ».

Les femmes à l’origine du « Coq »

Cette part-là de sa personnalité contraste avec l’assurance que l’on peut parfois percevoir à l’écran, mais elle permet surtout de comprendre ce qui pousse le créateur à avancer : la conviction que rester au même endroit n’est jamais une option.

Cette volonté de mouvement ne date pourtant pas de son arrivée dans les médias. Elle remonte à une époque où Stadi évoluait encore dans le commerce de disques. Il tenait une « Édition », comme on l’appelle dans le langage local. C’est d’ailleurs là que commence l’histoire surprenante de son surnom.

Sa maison de vente attirait une clientèle très majoritairement féminine. Dans le quartier, les mamans avaient fini par remarquer le phénomène et avaient commencé à le taquiner en l’appelant « Jogo », le coq en swahili. Le surnom était une plaisanterie, une façon de souligner avec humour son étonnante capacité à attirer les jeunes filles dans son commerce. Stadi aurait pu laisser ce nom derrière lui. Au contraire, il l’a conservé, puis transformé en identité. « Aujourd’hui, ce nom me rappelle surtout d’où je viens. Il y a une histoire derrière…mais aussi toute une période de ma vie qui a contribué à construire la personne et le créateur que je suis devenu », a-t-il dit dans l’interview avec TA. Le nom qui était autrefois une blague est devenu aujourd’hui celui sous lequel il construit son univers médiatique.

De la consommation à la création

La musique a été l’un des premiers fils conducteurs de cette histoire. Stadi voulait comprendre ce qui se passait autour de lui, suivre les artistes, observer les tendances et parler de cette scène qui évoluait sous ses yeux. Mais Internet lui a surtout permis de comprendre que sa position géographique ne devait pas forcément déterminer la portée de sa voix. Depuis Goma, il pouvait désormais atteindre des personnes bien au-delà de sa ville. « Le vrai déclic, c’est probablement le moment où j’ai compris que je ne voulais plus seulement consommer le contenu des autres : je voulais moi-même raconter, analyser, créer et construire une audience autour de ma vision », a stipulé Le Coq sur ce qui lui a poussé à être créateur de contenu.

C’est ainsi que les réseaux sociaux sont devenus son principal terrain d’expression. TikTok, Facebook, Instagram et YouTube lui permettent aujourd’hui de multiplier les formats et de toucher un public qui dépasse largement son environnement d’origine.

Ses contenus naviguent entre interviews d’artistes, micro-trottoirs, découvertes musicales, analyses, critiques et actualités culturelles. Une diversité qui correspond à sa manière de concevoir son métier : Stadi ne veut pas être enfermé dans une seule fonction. Il peut être chroniqueur lorsqu’il analyse une sortie musicale, interviewer lorsqu’il reçoit un artiste, découvreur lorsqu’il présente un jeune talent ou simplement créateur lorsqu’il cherche à divertir son audience.

Cette polyvalence n’est pas seulement une stratégie de présence sur les plateformes. Elle traduit une ambition pour l’homme de médias qui veut apporter quelque chose de personnel à la conversation culturelle.

Le Kivu comme matière première

Pour Stadi, mettre en avant les artistes du Kivu n’est pas un simple choix éditorial. C’est presque une évidence liée à son propre parcours. Il connaît les réalités auxquelles ces artistes sont confrontés et sait que, malgré leur talent, beaucoup restent enfermés dans un espace de visibilité limité. Le problème, souvent, n’est pas l’absence de créativité. C’est l’accès au public. Le Coq utilise les réseaux sociaux comme un pont entre lui et le public. À travers ses contenus, Stadi cherche à faire circuler les noms et les œuvres au-delà du cercle habituel. Il veut donner aux artistes émergents du Kivu une chance supplémentaire d’être découverts, mais aussi contribuer à déplacer le regard porté sur cette partie de la RDC.

Car raconter le Kivu uniquement à travers ses difficultés serait, à ses yeux, raconter une histoire incomplète. « Il y a aussi une jeunesse qui crée, des musiciens qui expérimentent, des entrepreneurs qui entreprennent, des créateurs qui imaginent et une culture qui mérite d’être montrée », a-t-il ajouté.

Cette volonté de raconter autrement donne à son travail une dimension qui dépasse la simple chronique musicale. Lorsqu’il met en lumière un artiste de la région, il ne cherche pas seulement à promouvoir une chanson. Il participe aussi, à son échelle, à raconter un autre visage du territoire dont il est issu. « J’essaie de séparer l’artiste de l’œuvre », a-t-il dit son style de travail. « Je peux apprécier une personne et trouver qu’une chanson n’est pas réussie, ou ne pas particulièrement apprécier un artiste tout en reconnaissant qu’il a fait quelque chose de très fort ».

Cette approche correspond finalement à l’idée qu’il se fait de son rôle dans l’écosystème musical : pas seulement parler des artistes, mais contribuer à leur compréhension de l’environnement dans lequel ils évoluent. « Mon objectif n’est pas de créer une polémique quand je fais une vidéo, mais d’apporter un regard qui peut faire réfléchir l’artiste et le public », a souligné Le Coq qui, à long terme, se voit comme « quelqu’un qui construit une véritable entreprise médiatique ». Stadi souhaite construire quelque chose qui puisse continuer à vivre sans dépendre éternellement de lui.

Le média qu’il imagine serait moderne, africain et professionnel. La musique en constituerait une composante importante, mais la culture, le divertissement, les événements, les créateurs et les histoires humaines y auraient également leur place. « J’aimerais surtout construire un média qui donne envie aux jeunes de se dire : ‘’ Nous aussi, on peut créer quelque chose de grand depuis ici ‘’ », ambitionne-t’il. Les formats pourraient évoluer vers des productions vidéo plus ambitieuses, avec une identité suffisamment forte pour parler à une génération qui consomme désormais l’information culturelle autrement.

Au fond, son ambition n’est pas seulement de créer une audience. Son ambition personnelle existe, évidemment. Il veut être reconnu, développer sa carrière et construire une marque forte. Mais lorsqu’il imagine ce qu’il aimerait laisser derrière lui dans dix ou vingt ans, il ne parle pas seulement de sa propre réussite. Il parle des autres.

Le Coq n’a pas fini de chanter

Le surnom est né d’une plaisanterie. La carrière, elle, est devenue une affaire beaucoup plus sérieuse. Stadi Bitorwa a transformé « Le Coq » en signature, puis cette signature en identité médiatique. Parti de la musique et de son environnement local, il a progressivement élargi son champ d’action pour devenir chroniqueur, intervieweur et créateur de contenu.

Son parcours reste en construction, mais son horizon semble déjà clairement dessiné. Il veut raconter les artistes autrement. Donner davantage de visibilité au Kivu. Participer à la professionnalisation d’un écosystème culturel qui cherche encore ses propres modèles. Et surtout, créer une structure suffisamment forte pour que son travail ne s’arrête pas à sa propre personne.

Peut-être est-ce finalement la meilleure manière de comprendre Stadi Le Coq : un homme qui a commencé par raconter ce qu’il voyait autour de lui et qui rêve désormais de construire l’espace dans lequel d’autres pourront, à leur tour, raconter leurs propres histoires.

« J’aimerais qu’on dise que je fais partie de ceux qui ont contribué à changer la manière dont on raconte la culture congolaise et africaine », a-t-il poursuivi avant de conclure : « Si dans 20 ans, quelqu’un peut dire : ‘’ Stadi m’a inspiré à commencer ‘’, je penses que ce sera l’une de mes plus grandes réussites.

A propos de l'auteur

Par: David KASI

David KASI est consultant en Communication et Journaliste indépendant, spécialisé en culture, arts, sport et société. Il travaille aussi dans la presse écrite et collabore avec des médias internationaux en tant que free-lance. Également, il est photo-journaliste.
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