mercredi, juillet 22News That Matters

DC Virunga, champion du Congo : le dur est à venir

DC Virunga, champion du Congo : le dur est à venir

À la suite de la 60ᵉ édition de la Coupe du Congo, la ville de Goma vibre d’une joie immense, mais non dénuée de débats enflammés. Après 62 ans d’attente et d’essais infructueux, le DC Virunga s’est enfin adjugé son tout premier titre national. Retour sur les leçons d’une consécration retentissante.

Jacques Kyanga et Richard Muhima, deux journalistes de Totalement Actus ont analysé en profondeur cette consécration des vert et blanc lors de l’émission Goma Sportif. Et ils ont été sans filtre, comme d’habitude.

Une stratégie payante au goût doux-amer

Pour hisser le trophée, la direction de Virunga n’a pas lésiné sur les moyens : s’appuyer sur une ossature de joueurs aguerris venus du FC Ange Verts, rodés aux exigences de la Ligue 1, et conduits par l’entraîneur Tifo Miezi. Si l’histoire retiendra ce sacre au mental, une réalité fait grincer des dents au bord du lac Kivu : l’absence quasi totale de talents locaux issus de la formation de Goma. « C’était une bonne stratégie au départ. Mais je suis déçu de l’absence des joueurs de notre région », a regretté Richard Muhima lors des échanges. « L’histoire retiendra que Virunga a remporté la Coupe du Congo sans joueurs évoluant ou formés ici localement ».

À l’instar des géants européens comme le Real Madrid ou le PSG, qui s’affranchissent souvent des frontières régionales pour gagner, la stratégie s’est révélée payante sur le court terme. Mais le débat reste entier : pourquoi le vivier local n’a-t-il pas bénéficié d’un tel investissement? « La question qu’on se pose : les jeunes de Goma ont-ils été écartés par manque de talent ? Je ne pense pas. Si on avait mis pour eux les mêmes moyens, ils auraient pu amener ce trophée », pense-t-il.

Une remise en question s’impose autant pour la direction que pour les jeunes athlètes de la région, invités à élever leur degré d’exigence et de professionnalisme.

La « moins bonne » génération qui gagne

Si le tableau d’honneur est gravé à jamais, l’analyse technique remet les pendules à l’heure. En comparant cet effectif aux glorieux anciens — les Janvier Besala, Kasongo Kabiona, ou encore Tambwe Diouf —, Richard Muhima a rappellé que ce groupe n’est pas le plus talentueux de l’histoire du club. « Si vous me demandez de citer 5 ou 7 joueurs de cet effectif, même les fanatiques de Virunga en sont incapables. Ce ne sont pas de grands noms. En termes de talent, ce n’est même pas la 3e meilleure génération de l’histoire du club », a stipulé le journaliste expérimenté de plus de 10 ans de carrière.

Cependant, cette équipe de Virunga championne possède l’ingrédient suprême qui manquait à ses prédécesseurs : la culture de la gagne. « Mais la différence capitale, c’est que c’est LA génération qui gagne. Cependant, cela doit servir de leçon aux jeunes de Goma : les joueurs venus de Kinshasa ont montré une hargne et ont mieux honoré le maillot que beaucoup de jeunes d’ici qui jouent parfois avec légèreté », a-t-il renchéri. Ce succès remet également sur le tapis le niveau global de la Coupe du Congo, une compétition prestigieuse qui peine toutefois à retrouver sa superbe d’antan.

Rivalité Virunga-Kabasha : L’émulation en marche

21 ans après le sacre historique de l’AS Kabasha en 2005, le DC Virunga lui offre un répondant de poids. Dans la région orientale de la RDC, seules six équipes ont réussi l’exploit de soulever ce trophée depuis 1961. « C’est trop peu », a tenu à souligner Richard.

Cette consécration relance la rivalité légendaire entre les deux géants de Goma. « Pour la rivalité de deux équipes, c’est du 50-50 aujourd’hui. Kabasha pourra toujours se vanter d’avoir été  ‘’ à jamais le premier ‘’ , et Virunga d’avoir le trophée le plus récent. C’est de la bonne guerre », a pensé le journaliste.

Mais saluons l’élégance sportive : dès les minutes suivant le coup de sifflet final, l’AS KABASHA a publié un communiqué officiel de félicitations. Une preuve de maturité qui doit tirer l’ensemble du football local vers le haut.

L’Afrique en ligne de mire : les exigences à assumer

Le plus dur commence maintenant. « Attention, la fête ne doit pas durer trop longtemps », a prévenu Muhima. En décrochant sa qualification pour la Coupe de la Confédération de la CAF, le DC Virunga bascule dans une autre dimension. Et les défis s’annoncent colossaux.

Le club gomatracien, fondé en 1964, doit répondre en urgence aux critères rigoureux de la CAF, notamment l’obligation d’avoir une section féminine et une académie de jeunes rattachée. « Pourquoi Virunga n’a pas anticipé cela ? », s’est interrogé l’invité de l’émission conduite par Jacques Kyanga. Des partenariats stratégiques avec les structures locales s’imposent dans les plus brefs délais pour palier à ce couac.

L’Imbroglio du banc de touche, c’est la tuile sur le plan technique. L’entraîneur Tiffo ne disposant pas de la Licence CAF Pro ni de la Licence A requise, il ne pourra pas être inscrit comme entraîneur principal sur la scène continentale. Le club devra dénicher un nouveau profil pour guider la barque. Une Logistique sans Faille : De la mise en conformité des passeports des joueurs à la gestion des déplacements, la compétition africaine ne pardonne aucune légèreté. « On ne gère pas la Coupe de la Confédération comme la Coupe du Congo. Il faut mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut », a souligné Richard pour les dirigeants de montagnards.

L’heure de l’union sacrée sonné

Ce sacre historique ne doit pas être gâché par des querelles de clocher ou des divergences administratives. Pour faire honneur à la RDC et marcher sur les traces d’exploits insulaires comme ceux de Maniema Union ou de l’AS Simba la saison passée, les dirigeants du DC Virunga doivent structurer le club avec professionnalisme et rigueur.

La fête est belle à Goma, mais l’Afrique attend déjà Virunga au tournant !

A propos de l'auteur

Par: David KASI

David KASI est consultant en Communication et Journaliste indépendant, spécialisé en culture, arts, sport et société. Il travaille aussi dans la presse écrite et collabore avec des médias internationaux en tant que free-lance. Également, il est photo-journaliste.
Merci de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *